Le 1er février 2012, l’ACSM s’est associé avec le Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu (RPSFM), UNIFOR et le Réseau canadien pour la santé des femmes pour organiser un forum intitulé « Preventing Environmental and Occupational EDC Exposures: A Strategic Collaboration » [Pour éviter dans l’environnement et les milieux de travail les expositions aux modulateurs endocriniens : une collaboration stratégique]. Le forum rassemblait une large coalition de représentants et représentantes syndicaux(les), de groupes en rapport avec la sécurité et l’hygiène du milieu, d’organismes touchant la santé des femmes et la santé environnementale, ainsi que des groupes des Premières nations; cette réunion avait pour but de débattre de stratégies et de voir à l’élaboration afin d’amener des changements dans les politiques provinciales et fédérale qui pourraient prévenir l’exposition aux substances chimiques toxiques telles les modulateurs endocriniens dans l’environnement et les milieux de travail.

Voici un résumé de quelques constats présentés à la conférence.

1. Il n’y a aucune mesure de réglementation touchant les modulateurs endocriniens comme pour les substances cancérigènes et mutagènes.

2. Vanessa Gray, une jeune activiste de la Première nation Aamjiwnaang et vice-présidente des victimes de la Chemical Valley, encourage les jeunes de sa communauté à exprimer leur frustration, car leur niveau d’asthme est élevé et les accouchements de mort-nés, plus nombreux. On y constate également des déversements provenant de l’usine Shell. Selon Vanessa, ce problème s’apparente à du racisme environnemental, la loi C‑45 n’obligeant plus les entreprises à nettoyer à la fin de leurs projets. Vanessa œuvre avec les jeunes pour faire revivre à la « Chemical Valley » leur culture autochtone, une façon de vivre, compte tenu de leur environnement si toxique.
 
3. Michael Gilbertson, biologiste, dont la recherche sur les effets des dioxines sur la faune et la flore des Grands Lacs a provoqué un débat entre toxicologues (c’est le dosage qui fait le poison) et endocrinologues (même une exposition à petite dose peut être dangereuse); cette étude est mentionnée dans le journal Nature, titrée Toxicology: The learning curve.
 

Résumé de l’article

Selon des chercheurs, de très petites doses de certains modulateurs endocriniens présentent des effets inattendus et dangereux, mais les organismes de règlementation n’en sont pas convaincus. Ces effets sont constatés dans des zones " sécuritaires " mesurées, des zones que les toxicologues considèrent comme sécuritaires. Ce sont les méthodes de travail des 70 dernières années qui ont façonné les tests d’évaluation de risque servant aux politiques de réglementation. C’est la procédure. Les doses et les effets se déplacent de façon linéaire; une exposition moins élevée à une substance dangereuse engendrera toujours des risques moins élevés. Cette manière de penser n’est pas simplement une abstraction philosophique; c’est l’hypothèse fondamentale qui sous‑tend le système de tests de sécurité chimique établi au milieu du vingtième siècle. Les évaluateurs de risque cherchent habituellement les effets néfastes d’une substance en testant toute une panoplie de doses élevées et, à partir de ces échantillons, extrapolent à la baisse pour établir des normes pour la santé, en supposant toujours, comme Paracelsus (quelquefois appelé le père de la toxicologie), que les doses élevées de substances chimiques toxiques sont beaucoup moins risquées que les niveaux plus faibles, qui, eux, sont réels.

Mais si cette hypothèse était fausse … ? Mais si, pour une large et puissante catégorie de composés, des doses plus faibles engendraient des risques plus élevés … ? Un nombre croissant de chercheurs universitaires sont en train de revendiquer un « nouveau statut » pour les modulateurs endocriniens composés d’un large groupe de substances chimiques synthétiques capables d’interagir avec les hormones réceptrices des cellules. Ce sont des composés, tels l’atrazine d’un herbicide quelconque, le bisphénol A (BPA) des plastifiants, le triclosane, un agent antibactérien (utilisé dans les nettoyants) et la vinclozoline, un agent fongicide utilisé en viticulture, qui ne suivent pas les règles habituelles de la toxicologie. En se basant sur les tests de doses élevées classiques, les organismes de réglementation ont établi des niveaux maxima acceptables pour chacune de ces substances, en supposant que toutes les doses sous ces seuils sont sécuritaires. Or, les chercheurs universitaires qui ont étudié un large spectre de doses, y compris des doses très petites de ces composés qui se trouvent dans notre environnement quotidien, constatent que leurs expériences ne se traduisent généralement pas par les graphiques en « pentes de ski » ordonnés et familiers de la toxicologie classique. La plupart des modulateurs endocriniens ont plutôt des courbes dose-réponse « non monotoniques », c’est‑à‑dire, la pente de ces graphiques passe, au moins une fois, du négatif au positif, ou vice versa, formant ainsi des courbes en forme de « U » ou de « U » inversé. Même une minuscule quantité de modulateurs endocriniens ou autres perturbateurs interagissent avec les hormones réceptrices à des moments cruciaux du développement, activant, brouillant, dissimulant ou, autrement dit, déroutant la fonction normale des hormones; ces perturbateurs peuvent donner lieu à des résultats d’expériences étranges, particulièrement lorsque d’autres hormones font partie de l’amalgame.

Comme la liste des valeurs d’exposition aux substances chimiques ne s’applique plus, la réglementation doit changer. Sari Sairanen (Directrice de la santé et sécurité et du milieu auprès d'UNIFOR) insiste qu'on doit sensibiliser les décideurs gouvernementaux.

4. La classe sociale et le genre : Même si c’est vrai que nous sommes tous exposés aux substances cancérigènes et aux modulateurs endocriniens, la valeur d’exposition (seuil de tolérance) n’est pas la même pour tous. La catégorie et le sexe sont pris en ligne de compte : cols bleus, travailleurs des quarts de nuit, travailleurs de bars, de maisons de jeux et de conserveries et ceux de l’industrie du plastique, y sont plus exposés et, par conséquent, présentent un risque plus élevé (recherche révolutionaire de Jim Brophy et Margaret Keith).

Le plan de gestion des produits chimiques de la loi canadienne sur la protection de l’environnement (LCPE) ne prévoit pas d’analyse comparative entres les sexes ni ne stipule que les modulateurs endocriniens soient placées dans une catégorie distincte des substances chimiques, de même que l’étiquetage des produits de consommation dans la Loi sur les produits dangereux de Santé Canada ne met pas à part les modulateurs endocriniens comme une catégorie distincte ni n’exige une analyse comparative entre les sexes.

5. Approche permissive versus approche préventive : Jusque dans les années 1980, les scientifiques avaient l’habitude de partager leurs connaissances, cette divulgation faisant partie de leur responsabilité. Maintenant les scientifiques peuvent publier leurs travaux dans des revues destinées à leurs pairs, mais ils savent qu’ils ne peuvent pas parler de leurs travaux ouvertement ou publiquement. Le gouvernement bâillonne régulièrement les scientifiques. Certains d’entre eux ont peur que la science ait le fardeau de produire une preuve absolue lorsqu’est en jeu un risque pour la santé, et que le constat soit en voie de devenir la norme. Cette approche est très différente du « principe de précaution », un terme en usage depuis 1988, qui exprime l’idée qu’« une once de prévention vaut une livre de soins ». En d’autres mots, si la conséquence d’une action est inconnue, mais qu’on a jugé que cette action est susceptible d’entrainer des conséquences négatives graves ou irréversibles, il vaut mieux alors éviter cette action. Nous devons éliminer le danger immédiatement! Les niveaux dits « de sécurité » n’existent plus, étant donné ce qu’on connait aujourd’hui.

6. Maladie chronique : Il est essentiel de commencer par établir le lien entre modulateur endocrinien et maladie chronique visible. Le Partenariat canadien pour la santé des enfants et l’environnement (PCSEE) a publié un document qui rassemble les preuves publiées à l’intention des associations; ces preuves démontrent le lien entre les expositions environnementales en début de vie et le développement postérieur de plusieurs des maladies chroniques les plus fréquentes, notamment des cancers (du sein, de la prostate, du poumon et le cancer colorectal), de l’asthme, des diabètes de type II, des maladies cardiaques, de l’Alzheimer et du Parkinson. Cette étude s’intitule Les risques anticipés des expositions aux substances chimiques dangereuses et à la pollution et leurs associations aux maladies chroniques. Étude de délimitation de l'étendue.
7. La loi sur la réduction des toxiques de l’Ontario, qui a pris effet en 2009, nécessite maintenant d’être modifiée pour y inclure une liste de modulateurs endocriniens. Le principe du " Droit de savoir " est un principe légal voulant l’effet qu’une personne a le droit de savoir à quelles substances chimiques une personne est exposée dans sa vie quotidienne. Le « droit de savoir » est un mouvement popularisé par Rachel Carson, grâce à son livre Printemps silencieux. Au Canada, le droit de savoir est protégé par les lois canadiennes que cautionne Environnement Canada.