Par Deena Dlusy-Apel

De tout temps, les artistes ont traité des grands enjeux politiques, sociaux et religieux. La plupart étaient de nature publique, mais touchaient aussi l’artiste personnellement. Il est courant aujourd’hui de parler de ses problèmes personnels pour réduire les tensions qui entourent le non-dit. Et quel meilleur moyen de le faire qu’à travers l’art.

En 1989, j’ai eu un diagnostic de cancer du sein. Une semaine après la chirurgie, en classe d’art, Topsy Turvy  a surgi, un autoportrait couvert de seins.

Malgré le milieu où j’ai grandi – mon père s’intéressait beaucoup à la politique – et les opinions claires que j’avais sur bien des sujets, c’est seulement sous l’influence de Sharon Batt, une des fondatrices d’ACSM, que j’ai commencé à mettre en doute les pratiques de notre système médical et la structure de notre gouvernement – à porter un regard critique sur ces questions.

Au programme de maîtrise où je me suis inscrite à l’Université Concordia après avoir quitté l’enseignement, j’ai commencé à comprendre que l’art pouvait braquer les projecteurs sur l’univers du cancer du sein et d’autres enjeux.

En créant des œuvres d’art qui illustraient ce qui se passait à ce moment dans le monde du cancer du sein, je suis arrivée à attirer l’attention du public sur des problèmes qui touchaient tout particulièrement les femmes. J’ai pu montrer comment une expérience personnelle pouvait conduire à la création d’œuvres d’art.

Mon expérience comme éducatrice m’a également aidée : en présentant mon travail au public, j’en faisais un instrument d’éducation. La sensibilisation amène la compréhension. Il m’a fallu un recul de 10 ans après le diagnostic pour que le cancer du sein revienne dans mes œuvres.

Il s’en est suivi une série d’œuvres représentant mes années au conseil d’administration d’ACSM, ces années où j’apprenais à devenir une activiste.

Comment la série d’œuvres a été créée

À Waterloo en 1999 :

Dans une classe de gravure, j’ai remarqué que mon travail avait pris une tournure imprévue. Un scalpel est apparu dans une collagraphie de soutien-gorge.

Peu de temps après, dans une classe de dessin d’après modèle, j’avais dessiné la femme serrant fermement sa poitrine avec, au sol, des seins coupés.

À l’époque, on avait encore recours à la mastectomie totale; cette méthode avait commencé à disparaître lentement vers la fin des années 1980, mais la tumorectomie était une procédure nouvelle dont on se méfiait encore.

Quand mon tour est arrivé de produire un objet d’art pour le distributeur automatique où l’on vendait différents objets toutes les semaines, j’ai créé un petit sein en tissu, et je l’ai appelé « un sur neuf », rappelant ainsi le nombre de femmes qui allaient être touchées. Et un de ces petits seins sur neuf contenait une pastille de menthe de la taille d’une tumeur.

Les seins étaient fabriqués dans tous les tons de la chair humaine, et l’emballage invitait les acheteuses à ne pas oublier de faire l’auto-examen des seins et à en parler à une amie.

Cette série d’œuvres a constitué mon exposition de thèse à Concordia. Chaque œuvre était accompagnée d’un texte expliquant comment j’étais arrivée à la créer et ce que j’espérais qu’elle ferait pour d’autres. Pour consulter la thèse entière rendez-vous ici, et cliquez sur le bouton PDF A personal portrayal of breast cancer : how art can educate.

Une pièce récente a été faite sur le modèle d’une pancarte utilisée par ACSM durant une marche, rue Sainte-Catherine à Montréal. Le message ce jour-là était centré sur les substances toxiques présentes dans notre environnement et sur notre désir de les voir éliminées.

Je recommande également un article paru récemment dans The Montreal Gazette, où Cheryl Braganza, présidente de l’Association culturelle des femmes de Montréal parle de son expérience d’artiste/activiste. Étant moi-même membre de cette association, j’ai eu le plaisir de rencontrer Cheryl et de m’entretenir avec elle à de nombreuses occasions. Elle a récemment présenté un film sur son art et son activisme aux membres de l’association et les a séduits. L’article paru dans The Gazette vaut la peine : cliquez ici.