Par Deena Dlusy Apel

Sur la pierre tombale de mon père, il est écrit : « Un homme vraiment spécial ».

Et il l’était! Né en décembre 1905, Jack Dlusy est décédé en mars 1997. Il a toujours conduit son automobile, pas toujours très bien, jusqu’au jour où le cancer du pancréas a frappé. Il a perdu son combat au bout de trois mois à peine.

En 1988, mon père m’a accompagnée lors de mon premier traitement de radiothérapie pour un cancer du sein. Grâce à lui, je suis restée forte. Il était hors de question, avec lui à mes côtés, que je me décourage. Sa présence m’aidait à rester concentrée.

Je revois clairement mon père, deux ans plus tard : avec Max, mon mari, il était le seul homme à se tenir sous la pluie, à l’extérieur du Palais des congrès, lors de l’ouverture de la première Conférence sur le cancer du sein tenue à Montréal. Il était fier de moi lorsque je me suis adressée à l’assistance. Mon père était une vraie bête politique. Et ma lutte contre le cancer du sein est devenue politique. La mission de toute une vie, la mienne. Mon père aurait été fier de moi, pour cela aussi.

Jack était aussi attentionné que responsable. Tout au long de sa vie, il a soutenu les organismes de charité et sans but lucratif auxquels il croyait. En plus de ce qu’il nous a légué à moi,à ma sœur et à ses petits-enfants, il a constitué un fonds de dotation qui reviendra à ses arrière-petits-enfants – dont quelques-uns à venir –, lorsqu’ils atteindront 18 ans. Il a aussi dressé la liste des fondations auxquelles il souhaitait faire un legs.

ACSM (maintenant appelée ACS-Qc) était sur cette liste, parce qu’il croyait à ce que nous faisons. Il nous voyait comme une organisation sérieuse et permanente. Pour lui, nous étions un élément essentiel du mouvement féministe qui, à cette époque, demandait au gouvernement de faire en sorte que les femmes puissent avoir davantage leur mot à dire dans les traitements qu’elles recevaient et que les médecins réévaluent la pratique de la mastectomie agressive, courante alors (au début de notre action). Il approuvait fermement la campagne par laquelle nous encouragions les survivantes du cancer du sein à écrire à leurs députés fédéraux pour leur montrer que les femmes touchées, dont le nombre augmentait rapidement, avaient un visage. Il savait que notre action ferait une différence dans la vie des femmes.

Mon père était là, dès les débuts. Aujourd’hui, 25 ans plus tard, ACS-Qc se distingue des autres organisations du Canada vouées à la lutte contre le cancer du sein par l’information qu’elle diffuse et les activités de sensibilisation qu’elle met en œuvre.

Oui, Jack serait fier du chemin parcouru.