Chaque année en décembre, le San Antonio Breast Cancer Symposium, qui se tient à San Antonio (Texas), offre aux chercheurs en cancer du sein la possibilité de présenter les résultats de leurs travaux. Des représentantes de Breast Cancer Action (BCAction)*, organisme de sensibilisation et de défense de San Francisco (Californie), y assistent afin d’entendre directementles derniers résultats des recherches sur le cancerdu sein et de réseauter avec d’autres défenseurs des intérêts des patientes dans le domaine. La directrice générale de BCAction, Karuna Jaggar, et la consultante en programme, la Dre Fiona Wilmot, étaient présentes au colloque de 2014 et ont publié des blogues sur plusieurs présentations très pertinentes.

Avec leur permission, nous vous présentons deux blogues de BCAction. Celui qui suit, « Qu’avons-nous appris sur l’irradiation partielle du sein? » porte sur les conclusions du Dr Ivo Olivotto, chercheur et médecin canadien affilié à l’Université de Calgary et au Tom Baker Cancer Centre à Calgary (Alberta).

(Cliquez sur « La chimioprévention : toujours pas de preuve qu’elle réduit le risque de mourir du cancer du sein » pour lire le blogue de BCAction sur les plus récentes données concernant l’utilisation du tamoxifène chez les femmes en bonne santé pour prévenir le développement du cancer du sein, une pratique qui nous a toujours préoccupées à ACS-Qc.

Remarque :Breast Cancer Action (BCAction) est un organisme américain basé à San Francisco (Californie) et n’est pas affilié à Action cancer du sein du Québec (ACS-Qc). Cependant, c’est en s’inspirant de cet organisme qu’un groupe de femmes du Québec a fondé, en 1991, Action cancer du sein de Montréal (devenue depuis ACS-Qc). Pouren savoir plus au sujet de BCAction, allez à www.bcaction.org.

 

SABCS 2014 : Qu’avons-nous appris sur l’irradiation partielle du sein?

Par Fiona Wilmot, consultante en programme, BCAction

Le Dr Ivo Olivotto a présenté de l’information pour aider les femmes et leurs médecins à prendre des décisions sur l’utilisation soit de l’irradiation totale du sein (ITS), soit de l’irradiation partielle accélérée du sein (IPAS) dans le traitement du cancer. Il a expliqué à quels types de patientes chacun des traitements convient, de même que les avantages et les inconvénients de chacun, et comment réduire la toxicité sans diminuer l’efficacité du traitement.

Comme toutes les radiothérapies comportent des risques de toxicité (soit immédiate, avec des dommages à la peau et à d’autres tissus, soit des séquelles à long terme au cœur et au foie, par exemple, et le développement de cancers secondaires), les chercheurs et les cliniciens sont toujours à la recherche de moyens pour réduire la toxicité du rayonnement en ciblant spécifiquement le cancer et en évitant d’endommager les tissus sains environnants. Cependant, lorsque la radiothérapie est plus ciblée, on risque de ne pas atteindre toutes les cellules cancéreuses ou les micrométastases. Pour décider du traitement le plus approprié, il convient, dans chaque cas, de tenir compte des avantages et des risques.

L’irradiation totale du sein (ITS) améliore la survie et est en général bien tolérée par les patientes. L’un des désavantages de ce type de traitement est le fait qu’une plus grande quantité de tissu est irradiée (incluant des cellules saines), ce qui engendre des problèmes à court et à long terme. En outre, la durée totale de l’ITS est plus longue (de trois à six semaines), ce qui peut perturber la vie. Dans certains cas, le traitement est même impossible en raison des obligations professionnelles, familiales ou autres de la patiente. De plus, 25 % des patientes finissent par souffrir de douleur chronique de faible intensité.

Les désavantages de l’ITS ont conduit à l’utilisation de l’irradiation partielle accélérée du sein (IPAS) dans les années 1990 et au début des années 2000. Parmi les avantages de l’IPAS : une durée totale plus courte et des effets nocifs moindres pour les tissus sains environnants, car le faisceau de rayonnement est plus circonscrit. Parmi les aspects négatifs : le risque de ne pas traiter des lésions non identifiées dans les autres parties du sein et la dose plus élevée de radiation dirigée sur certains points, qui pourrait se traduire par un plus haut taux de séquelles à long terme dans la poitrine, le cœur, les poumons et le plexus brachial. En outre, l’IPAS n’est pas cliniquement indiquée pour les femmes ayant un indice de masse corporelle (IMC) élevé ou pour les femmes ayant de gros seins parce qu’il est difficile dans ces cas de s’assurer que le faisceau atteint les tissus ciblés. L’ITS convient mieux à ces patientes.

Nous savions déjà qu’un traitement d’IPAS de trois semaines est tout aussi efficace que le traitement habituel d’ITS de cinq semaines. (Nous avons déjà écrit un blogue à ce sujet.) La question qui se pose est celle de savoir pourquoi les radio-oncologues n’ont pas opté plus souvent pour l’IPAS. La diminution de moitié du temps de traitement est intéressante pour les patientes et pour les fournisseurs de soins de santé et pourrait avoir un impact significatif sur la pratique de la radiothérapie quotidienne dans le monde entier, car elle pourrait permettre à un grand nombre de patientes d’être traitées tout en utilisant moins de ressources–deux enjeux importants. Aux États-Unis, cependant, les services des radio-oncologues sont facturés par semaine (plutôt que par patient ou toute autre unité qui produirait des gains égaux). Donc la diminution de la durée des traitements entraînerait une diminution des revenus des radio-oncologues.

Finalement, le clinicien et la patiente devraient décider ensemble du type de traitement et de la durée totale qui conviennent dans chaque cas en tenant compte des spécificités cliniques du cancer de chaque patiente ainsi que des avantages et inconvénients des diverses options de traitement. Comme les preuves de la sécurité et de l’efficacité de l’IPAS s’accumulent, les femmes à qui ce type de traitement n’est pas offert devraient pouvoir demander pourquoi à leur médecin et insister pour obtenir des réponses précises.

What have we learned from the randomized trials of partial breast RT? Ivo A. Olivotto, MD, FRCPC, University of Calgary and Tom Baker Cancer Centre, Calgary, CANADA

Si vous désirez en savoir plus sur les recherches présentées au San Antonio Breast Cancer Symposium, veuillez consulter le blogue de BCAction (en anglais seulement).